Manger en lisant, lire en écrivant
Cette semaine, j’ai descendu le Japon de Hokkaido jusqu’à Kyushu. J’ai lu quand je pouvais, dans les trains et les toilettes de musées, et j’ai envoyé les livres finis par la poste à une amie dans le Kansai. J’adore lire comme ça, en mouvement : les explorations se répondent avec les mots. Tout est en questionnement. Je flotte dans l’incertitude et la métamorphose.
table des matières
Cette semaine : lectures sur la nourriture japonaise et l’écriture de roman + l’extraordinaire Figuring de Maria Popova + des ressources pour les ebooks + deux librairies à Tokyo + une librairie à Hiroshima + ce que j’écris en ce moment.
dernières lectures
Sushi & beyond, écrit par Michael Booth
Novelist as a vocation, écrit par Haruki Murakami
sushi & beyond, écrit par michael booth
Exemplaire papier acheté par hasard à une librairie d’Asahikawa.
Je ne connaissais pas le sous-genre du livre de voyage culinaire mais c’est désormais une de mes catégories préférées. Michael Booth raconte pendant environ 300 pages sa traversée du Japon avec sa femme et leurs deux fils - en réalité, j’ai plus eu l’impression qu’il dévorait des festins tandis que les autres s’occupaient comme ils pouvaient.
Ce qui est compliqué dans ce livre, c’est que plein de remarques y sont à la limite de la misogynie, l’homophobie, le racisme, la grossophobie - c’est présenté de façon humoristique et légère mais je n’aime pas spécialement le personnage de Michael Booth à la fin.
La raison pour laquelle j’ai continué, c’est sa façon de parler de la nourriture. Il a une compréhension et une expression de la complexité de la nourriture qui est rare : il enquête sur chaque ingrédient, rencontre des spécialistes, goûte tout, avec autant de joie que de réflexion. J’étais rassurée de constater que je n’étais pas la seule personne à être fascinée par la nourriture sous tous ses aspects (santé, géographie, goût, texture, esthétique, histoire, prix, variantes, recettes traditionnelles, paysage culturel territorial).
Il donne aussi des références précieuses pour continuer l’enquête sur la nourriture japonaise en particulier : Japanese cooking: a simple art de Shizuo Tsuji ; The history and culture of Japanese food de Naochimi Ishige ; et Modern Japanese cuisine: food, power and national identity de Katarzyna J. Cwiertka.
Dans le même genre, My life in France est un livre de Julia Child sur son apprentissage de la cuisine - c’est aussi savoureux que réjouissant et ça donne profondément envie de vivre (et manger).
novelist as a vocation, écrit par haruki murakami
Exemplaire papier acheté par hasard à la librairie Tsutaya d’Ebetsu.
Autant j’avais été déçue par le livre de Murakami sur son expérience de la course à pied et des marathons, autant j’ai adoré ce livre d’essais sur son écriture romanesque.
Il explique simplement son processus, son parcours, ses astuces et méthodes, avec une fluidité et une sincérité qui font du bien. Il n’entretient pas le mythe de l’artiste torturé génial : au contraire, il défend une vision qui me convient beaucoup plus, à savoir un monde de discipline, de santé mentale et physique, de nuance et équilibre.
Mes livres préférés sur l’écriture sont ceux qui donnent envie de courir à son bureau, ceux qui remplissent d’inspiration et courage. Parmi eux, il y a Big Magic d’Elizabeth Gilbert, On Writing de Stephen King, Letters to a writer of color par une multitude d’auteurices, Steering the craft d’Ursula Le Guin, The Artist’s Way de Julia Cameron.
Les masterclass de Neil Gaiman, Margaret Atwood, NK Jemisin, Amy Tan, Dan Brown, Shonda Rhimes et Aaron Sorkin sont également très efficaces et enthousiasmantes.
livres-séismes
Dans Figuring, Maria Popova raconte et entrecroise les parcours d’artistes et scientifiques, en majorité des femmes et des personnes LGBT. Entre autres, elle m’a fait découvrir l’astronome Maria Mitchell, la sculptrice Harriet Hosmer, la journaliste Margaret Fuller et la biologiste marine Rachel Carson.
C’est un livre d'émerveillement de ce qu’on découvre et crée, un livre sur le geste révolutionnaire de dépasser les limites qu’on nous assigne, un livre de spiritualité sur l’interdépendance qui connecte nos vies aux autres humains mais aussi aux étoiles et aux océans. Maria Popova y réfléchit au bonheur, à la collectivité, au sens de la vie, aux échos que d’autres trouvent en nous.
Je l’ai lu pendant le premier confinement du COVID et ça m’a remplie de courage, inspiration et espoir. J’en ressens encore l’effet, puisque c’est la newsletter de Maria Popova, The Marginalian, qui m’a donné envie d'écrire un courrier hebdomadaire sur mes lectures, et qu’en ce moment même je savoure, grâce à Figuring, l’incroyable livre de Rachel Carson sur les océans.
sur les étagères
Je préfère les livres en format papier mais je voulais quand même parler de ce qui se crée de positif en format virtuel.
En termes d'accessibilité, la plateforme Perlego permet à ses lecteurices d’adapter le texte à leurs besoins : pour les dyslexiques par exemple, il y a la possibilité d’activer des paramètres de couleurs en début et fin de lignes afin de ne plus jamais sauter de ligne sans faire exprès !
Et bon à savoir : beaucoup de maisons d'édition proposent d’acheter les ebooks directement sur leur page Internet. Ça permet de lire ce qu’on veut tout en évitant de financer des sites de vente qui affaiblissent les librairies indépendantes. Idem : pour les commandes que ce soit d’ebooks ou de livres papier, il existe des sites qui travaillent avec les librairies indépendantes. J’utilise par exemple celui-ci pour mes ebooks souvent : www.leslibraires.fr.
Et dans le monde du livre papier, cette semaine j'ai pu visiter trois nouvelles librairies.
À Tokyo, j’ai adoré Readin’ Writing’ Bookstore, une boutique à deux étages tout près du grand temple d’Asakusa. En haut, un sol en tatami - ouste, les chaussures - et des illustrations, magazines et mangas. En bas, une sélection engagée de textes, tant fiction que non-fiction, qui célèbrent la nature, les LGBT, les femmes, la décolonisation, une économie plus équitable. J’ai acheté un livret photographique bouleversant d’un japonais qui a rendu visite à un cinématographe américain. Les portraits montrent son emménagement dans une maison à la campagne, suite à son diagnostic du SIDA. On l’y voit seul dans le vaste paysage, accomplir des gestes simples, créer un jardin de sculptures. Les images expriment deuil et sérénité.
Dans un autre style, la librairie Route Books fait partie d’un ensemble de magasins “Route” dans une petite rue (boulangerie, plantes, galerie). Deux étages à nouveau : en haut, un atelier de poterie et un restaurant ; en bas, les livres et des sièges confortables pour lire. Un million de pancartes avertissent : ne vous asseyez pour lire QU'APRÈS avoir acheté le livre. J’ai déniché là un livret traduit en anglais par des personnes de la chaîne du livre au Japon (éditions indépendantes, imprimeries, librairies). L’ambiance de cette boutique verse clairement plus du côté hipster, avec un côté que j’ai trouvé moins personnel. À voir à côté : le parc Ueno.
À Hiroshima le lendemain, j’ai fait un tour rapide à Readan Deat, une minuscule librairie au deuxième étage d’un bâtiment, au-dessus du fleuve et en face de l'île commémorative de la bombe atomique. Là aussi, une petite galerie et des ventes de bols en céramique et de verres. L’ambiance est sereine, avec un librairie qui vit sa vie calmement. À deux pas, l’Archive Coffee fait un café somptueux, qui compense son décor industriel un peu trop chic à mon goût.
écritures & réécritures
L’écriture d’albums est en pause parce que j’ai découvert que je ne trouvais pas ça amusant, finalement. Une règle d’or est : si je m’ennuie à l’écriture, on s’ennuiera à la lecture.
J’ai des lecteurices adorables qui planchent sur mon roman fantasy La Traversée de Funambules pour me dire ce qui marche, ce qui pêche, ce sur quoi je dois travailler avant d’envoyer à des maisons d'édition.
J’ai commencé mes recherches sur mon prochain roman, Papillon d’obsidienne sur fleur de bougainvillier.
Et je commence les dernières corrections sur Louise & Marguerite, un roman pour grands enfants et jeunes ados, écrit à quatre mains avec une amie.
C’est tout pour aujourd'hui. Je vous souhaite une bonne semaine et de belles lectures !

